12 étapes du pardon de Jean Monbourquette

 

Jean Monbourquette, psychologue et conférencier réputé décrit dans son livre « Comment pardonner » la route à suivre vers le pardon. Le pardon, qui est loin d’être magique, nécessite du recul afin de reconnaître qu’une partie de soi a été blessée. Il est donc important de se guérir soi-même afin de pouvoir donner un pardon complet.

1) Première étape : Une décision

Ne plus accepter le chemin de la vengeance pour régler une situation d’injures, de blessures, de trahison. Faire cesser l’offense. Vous ne dépensez pas d’énergie dans le pardon tant que la personne perpétue son offense sur vous. La première énergie à déployer c’est pour qu’elle arrête cette offense. Ce n’est pas facile. […]

2) Deuxième étape : Reconnaître l’offense

Reconnaître qu’on a été blessé intérieurement. Lorsqu’on a souffert d’une injustice, d’une trahison, lorsqu’on a été insulté, lorsqu’on a été malmené, trahi, il y a une première tendance, c’est d’excuser la personne, d’oublier, de vouloir minimiser la faute ou encore de croire : l’autre m’attaque, mais c’est moi qui me sens coupable dans cette situation-là. Il faut redresser cette situation-là et rentrer en contact avec sa blessure intérieure. […]

3) Troisième étape : Partager avec quelqu’un

Une fois que vous êtes en contact avec votre blessure intérieure, allez en parler avec quelqu’un, allez l’objectiver avec une personne. Tant qu’on n’a pas exprimé cette blessure, le danger, c’est qu’elle s’en aille d’une manière inconsciente de notre vie. […]

4) Quatrième étape : Très bien identifier sa blessure pour être capable de faire le deuil de nos attentes vis-à-vis des personnes.

Certaines personnes ont tendance à se victimiser, à exagérer les blessures qu’on leur a faites. C’est important de ne pas se victimiser mais de savoir exactement ce qu’on a perdu dans cette blessure-là. […]

5) Cinquième étape : Accepter la colère

Qu’est-ce que je fais avec la colère qui est suscitée en moi ? Il y a des personnes qui retournent leur colère contre elles-mêmes. D’autres vont déplacer la colère et la voir chez les autres. La colère est un second sentiment par rapport à la blessure. Derrière la colère, il y a une blessure, une frustration et c’est ce qu’il faut aller chercher. Pour exprimer corporellement votre colère, vous pouvez taper dans des coussins, faire des exercices corporels fatigants. Dans l’émotion, il y a le mot « motion » qui suggère le mouvement. […]

6) Sixième étape : se pardonner à soi-même

C’est une très mauvaise expression parce qu’on est incapable de se pardonner à soi-même. Ce qui est important c’est d’être capable de réharmoniser sa vie. Quand on est blessé on se fragmente. Il faut rétablir l’unité à l’intérieur de soi. […]

7) Septième étape : comprendre son offenseur

Comprendre ne veut pas dire excuser son offenseur. Si l’offenseur est responsable de ses actes, on ne peut pas l’excuser. Mais en essayant de comprendre comment il a été éduqué, quelles sont les blessures reçues dans sa vie, cela nous aide à avoir un pardon plus intelligent. On ne peut pas tout comprendre de l’offenseur, mais on peut s’expliquer des choses. Il faut essayer de comprendre ce qui l’a poussé à commettre un tel acte. […]

8) Huitième étape : donner un sens à sa blessure

Ce n’est pas évident au départ que cette blessure-là va me faire grandir. Mais je peux vous dire qu’une grande blessure qui m’a pris trois ans à pardonner m’a lancé sur une piste à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Comment se fait-il que je me sois lancée dans le pardon ? C’est le sens que je donne à ma blessure, à mon tour d’être capable d’aider d’autres personnes à pardonner. […]

9) Neuvième étape : renoncer à pardonner par soi-même

[…] Le danger c’est de vouloir pardonner pour manifester sa supériorité envers l’autre. On ne pardonne pas aux autres, on se laisse prendre par le pardon. […]

10) Dixième étape : cesser de s’acharner à vouloir pardonner

Le vrai moteur pour le pardon, c’est de se savoir aimé profondément, inconditionnellement de Dieu. Si vous vous sentez aimé profondément, vous allez être capable de pardonner. Quelqu’un qui ne se sent pas aimé, est-il capable d’aimer les autres ? Si vous avez l’impression que jamais on ne vous a rien pardonné dans votre vie, allez-vous être capable de pardonner à d’autres ? […]

11) Onzième étape : s’ouvrir à la grâce de pardonner

Les personnes qui sont incapables de se pardonner sont incapables de pardonner aux autres. Les personnes qui sont incapables de se sentir aimées pour elles-mêmes sont incapables de se pardonner et de pardonner aux autres personnes. C’est beaucoup plus facile d’être généreux et de donner des choses que de se laisser aimer parce que se laisser aimer cela suppose qu’on se rende disponible à l’autre. […]

12) Douzième étape que faire de la relation avec la personne

Est-ce que je me réconcilie avec la personne ? Dans certaines situations, il est mieux qu’il n’y ait pas de réconciliation physique, si la personne n’a pas changé, si elle peut vous agresser, vous faire du mal. […] Si tu te réconcilies avec la personne, la relation ne peut plus revenir comme avant. Lorsqu’il y a eu une blessure entre deux personnes, le seul chemin, c’est l’approfondissement de l’amour entre ces deux personnes. […]

Pourquoi tant de personnes souhaitent-elles la possibilité du suicide assisté

Docat, Que faire? La doctrine sociale de l'Église, 2016, p. 82

L'homme a peur de la douleur. Par ailleurs, il y a la crainte de devenir dépendant. Or aujourd'hui, nous sommes tout à fait capables de répondre à cette inquiétude par des soins appropriés, un accompagnement intérgral des personnes mourantes, la médecine palliative et des unités de soins palliatifs. L'expérience montre que la plupart des patients, dès qu'ils apprennent l'existence de la "médecine de la douleur" et de l'accompagnement des personnes en phase terminale, ne souhaitent plus être euthanasiés. Accompagner vers la mort (en non euthanasier) peut vouloir dire au cas par cas, que l'on décide de renoncer à certaines thérapies ou de stabiliser l'état des patients par le biais d'anti-douleurs ou de sédatifs. Et cela vaut même quand ceux-ci risquent d'abréger la durée de la vie.

Pourquoi avons-nous peur de la dépendance? (En fin de vie)

Docat, Que faire? La doctrine sociale de l'Église, 2016,  p. 83

On s'inquiète d'être dépendant d'autrui. On a peur d'être dépendant ou de se retrouver seul. Les unités de soins palliatifs constituent une réponse à cette inquiétude. Pendant cette dernière étape de leur vie, les malades ont surtout besoin d'être accompagnés avec amour et affection, pour pouvoir affronter leur propre mort avec sérénité. Par ailleurs, au cours des derniers jours et dernières semaines de leur vie, ces personnes ont surtout besoin d'un accompagnement spirituel.

Que signifie mourir pour un chrétien?

Docat, Que faire? La doctrine sociale de l'Église, 2016, p. 83

Aujourd'hui, on a souvent l'impression que mourir serait surtout synonyme de déclin physique. Or, mourir est une étape décisive de notre vie; pour de nombreuses personnes, elle peut signifier une dernière occasion de mûrir. Pour le chrétien, la vie est un don. Cela peut nous consoler, même à des moments très difficiles. Nous savons que nous sommes dans la main d'un Dieu qui nous aime, et nous avons l'espérance que la mort n'est pas une fin en soi, mais un passage vers la vie éternelle. Cela confère à la souffrance une tout autre dimension et perspective. Les prêtres font souvent l'expérience que même des personnes a priori peu croyantes se sentent consolées par cette espérance. Le Christ nous interpelle tout particulièrement dans les souffrants et les mourants.

De plus grandes possibilités de communication

Texte du Pape François, Exhortation apostolique, La joie de l'Évangile (2013), 87

De nos jours, alors que les réseaux et les instruments de communication humaine ont atteint un niveau de développement inédit, nous ressentons la nécessité de découvrir et de transmettre la "mystique" de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras, de se soutenir, de participer à cette marée un peu chaotique qui peut se transformer en une véritable expérience de fraternité, en une caravane solidaire, un saint pèlerinage. Ainsi, les plus grandes possibilités de communication se transformeront en plus grandes possibilités de rencontre et de solidarité  entre tous. Si nous pouvions suivre ce chemin, ce serait une très bonne chose, très régénératrice, très libératrice, très génératrice d'espérance! Sortir de soi-même pour s'unir aux autres fait du bien. S'enfermer sur soi-même signifie goûter au venin amer de l'immanence, et en tout choix égoïste que nous faisons, l'humanité aura le dessous. 

De l'éxtériorité à l'intériorité

Texte de Frédéric Lenoir, La guérison du monde, Le livre de poche, 2012, p. 298-300

Depuis plusieurs siècles déjà, nous avons privilégié l'extériorité sur l'intériorité. L'Occident moderne est devenu un pur extraverti, au sens où il se préoccupe bien davantage des choses extérieures, matérielles, que de son propre univers intérieur. La transformation du monde est devenue son principal objectif. Il s'est entièrement projeté hors de lui-même pour conquérir la matière et la modeler à sa guise. Dans sa vie personnelle, il préviligie aussi ce qui a rapport à l'extérieur: l'accroissement de son confort matériel, sa réussite au sein de la société, son apparence physique. Ne supportant plus de se retrouver seul avec lui-même, l'homme moderne est un angoissé qui se fuit perpétuellement dans l'agitation, la relation, la distraction. Incapable de vivre sereinement dans l'instant présent, il se projette perpétuellement dans le futur (qui l'angoisse en même temps) et devient esclave des nouveaux moyens de communication qui l'extraient de lui-même en permanence. Le psychiatre Christophe André a remarquablement analysé les conséquences désastreuses pour la psyché de cette fuite hors de soi, de cette peur se retrouver seul avec soi-même, de ce constant besoin d'être "connecté" à l'extérieur. La méditation est une solution qu'il propose pour remédier à ce grave déséquilibre, mais c'est toute notre manière de vivre qu'il convient de rééquilibrer: réserver chaque jour un peu de temps pour soi, savoir décrocher de nos outils de communication, vivre davantage dans l'instant présent, redécouvrir les vertus du silence et de l'instrospection, prendre quelques instants pour réfléchir, savourer l'évolution de nos états d'âme après avoir rencontré un ami, vu un film ou lu un livre qui nous ont émus, etc.

Pour s'épanouir, l'être humain a autant besoin d'intériorité que d'extériorité, de méditation que d'action, de se connaître lui-même que d'aller à la rencontre des autres. J'ajouterai que plus son action est importante, plus sa projection dans le monde est forte, plus le corps et la matière occupent une place déterminante dans sa vie, plus il lui faut se recentrer, aller vers l'intériorité, pour véritablement en assurer le poids  et en maîtriser les conséquences. C'est ce qu'avait très bien senti et exprimé le philosophe  Henri Bergson en 1932 en évoquant les fabuleux progrès matériels de la modernité: "Le corps aggrandi attend un supplément d'âme et la mécanique exigerait une mystique."

Réformes du pape François

Texte de Jacques Racine, Monde unique projet commun, L'engagement social de l'Église, Médiaspaul, 2016, p. 7-11

"Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune  influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s'exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens."

Pape François, La joie de l'Évangile, no 183 

On a beaucoup parlé des réactions suscitéées dans le monde par le pape François au cours de la première année de son ministère. On s'est intéressé à ses attitudes et à ses gestes: sa demande adressée à la foule de le bénir au début de son pontificat; la simplicité de son mode de vie; son empathie envers les personnes  et particulièrement les enfants, les pauvres, les immigrants; son ouverture d'esprit et son rappel de la toute-puissance de miséricorde du Père; sa démarche pour l'unité des chrétiens et la rencontre des religions: ses appels répétés pour la paix.

Time l'a reconnu comme personnalité de l'année 2013; Fortune comme premier leader mondial. Le pape François a même fait la première page de la revue Rolling Stone. Beaucoup de croyants, pratiquants ou distants, ont accueilli, pleins d'espoir, son désir de renouveler l'Église à la lumière de l'Évangile et du concile Vatican II. Beaucoup de personnes de toutes tendances, croyantes ou incroyantes, ont reconnu son humanisme et ont été interpellés par sa vision de l'avenir de la planète.

Il est aujourd'hui en communication avec plus de quinze millions de personnes sur Twitter et la personnalité la plus recherchée sur Google; même le Quotidien du peuple, journal chinois, lui consacre de nombreux articles. Il attire les foules au Vaticanet dans les divers pays qu'il visite. Les gens apprécient sa simplicité, sa liberté d'action, sa façon d'approcher les gens.

Dans l'Église, François a remis en marche des réformes importantes commencées Paul VI sur le plan de l'administration de la Curie, de la collégialité, de la compréhension du rôle de l'évêque et de l'engagement du laïcat. Il s'est attaqué avec vigueur à la gestion financière du Vatican et de ses oeuvres ainsi qu'au scandale de la pédophilie. Il a changé la formule du synode des évêques en appelant à la confrontation fraternelle et à la participation des croyants.

Tout en faisant nôtre cette appréciation du pape François, nous avons été interpellé par sa critique radicale de l'économie  d'exclusion, de la nouvelle idôlatrie de l'argent qui gouverne au lieu de servir, de la disparité sociale qui engendre la violence, du paradigme technocratique et de l'anthropocentrisme moderne. François ne cesse de s'insurger contre "la mondialisation de l'indifférence" devant le sort des immigrés et des laissés-pour-compte. Il invite à la construction d'une économie au service du bien commun et à un dialogue social au service de la paix et de la "maison commune" que sont l'univers et ses habitants.

Ses prises de parole prophétiques ont provoqué l'ire de quelques médias américains, du Tea Party et de certains milieux financiers qui lui ont reproché sa méconnaissance de l'économie, son socialisme primitif, sinon ses attachements marxistes de tradition latino-américaine. Dans l'Église catholique même, des évêques et des croyants sont restés perplexes, ont été dérangés par un tel discours ou l'ont ignoré; des cardinaux ont contesté son modèle de leadership, sa compréhension de la tradition et sa gestion du Synode des évêques. Certains espèrent que son règne sera bref. Pour d'autres, les propos de François ont été perçus plutôt comme un appui à certaines positions courageuses qui les avaient menés à exprimer leur solidarité dans des luttes de libération contre la pauvreté, les nouvelles formes de colonisation et de mal-développement, l'atteinte à la dignité des personnes liée aux diverses formes d'esclavage contemporain.

François ne s'inspire ni du marxisme ni du socialisme ou de toute autre idéologie, mais de l'Évangile, source première, et de l'enseignement social de l'Église qui se préoccupe de la construction d'un monde meilleur, espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. "On ne peut plus affirmer, écrit-il, que la religion doit se limiter à la sphère privée et qu'elle existe seulement pour préparer les âmes pour le ciel" (François, La joie de l'Évangile, no 182). Elle doit chercher à avoir une incidence concrète sur la vie sociale, se préoccuper de la qualité des institutions, s'exprimer sur les événements qui ont une influence sur la qualité de vie des citoyennes et des citoyens.

Dans le contexte du débat sur la laïcité que nous connaissons au Québec, ces dernières affirmations, nous en sommes conscient, vont à l'encontre du désir exprimé par certains que la religion soit réservée au domaine privé, qu'elle ne se manifeste pas sur la place publique, que l'on réduise au maximum l'influence qu'elle peut avoir dans une société par tous les moyens disponibles. Au nom du rationalisme, on condamne ou ridiculise plus ou moins directement toute religion. On reconnaît un certain patrimoine matériel, on déplore que telle ou telle église disparaisse du paysage, mais on a peine à considérer que l'adhésion de foi, faite en toute liberté, fait germer, encore aujourd'hui, le service du bien commun, l'attention à l'autre considéré comme frère ou soeur universel, le souci de l'avenir de la planète. Cette position idéologique du retrait de la religion dans le privé influence même une bonne partie des croyantes et des croyants et favorlse un certain repli sur soi des catholiques dans une recherche identitaire, fermée sur elle-même et coupée de la réalité du monde. La vision de François est radicalement différente. Son projet est collectif. Il est en lien avec la venue du Royaume. Il interpelle toutes les sphères de la vie en société. Il s'inscrit dans la continuité de la constitution pastorale L'Église dans le monde de ce temps. François invite non seulement à ouvrir grandes les portes de l'Église, mais à sortir, à aller aux périphéries en investissant les grandes villes de l'Amérique du Sud, de l'Afrique, de l'Asie, comme l'ont fait les apôtres en quittant Jérusalem pour se rendre à Rome.

Une Église pour enfants?

Texte d'Alain Roy, Prions en Église, 28 août 2016, p. 34-35

À l'heure où nous nous interrogeons dans tous les diocèses sur l'évangélisation et où nous souhaitons voir émerger une Église plus missionnaire, je me questionne sur nos pratiques pastorales actuelles.

Par exemple, dans notre paroisse, entre 150 et 200 enfants sont inscrits aux divers parcours catéchétiques. Guidés par une trentaine de catéchètes, ils reçoivent les enseignements habituels et vivent différentes expériences complémentaires: camp préparatoire aux sacrements de l'initiation chrétienne, visites de l'Oratoire Saint-Joseph, de la chapelle Bonsecours, de la cathédrale, rencontre de témoins crédibles, découverte de leur église paroissiale. Les parents les véhiculent d'une activité à l'autre et sont bien informés des démarches  de leurs enfants. Les catéchètes sont dévoués et compétents. N'ayant pas de sous-sol d'église, nous avons aménagé un bungalow pour y recevoir  nos groupes. Bref, nous ne lésinons pas sur les moyens. Mais au bout du compte, je m'interroge quand même. Surtout quand je compare les ressources investies  pour les enfants à celles réservées aux adultes, la disproportion est évidente. Nous consacrons beaucoup plus de ressources pastorales aux enfants qu'aux adultes. Que reste-t-il alors pour les adolescents et sourtout pour l'évangélisation et la catéchèse des adultes? Les liturgies et une activité occasionnelle d'éducation de la foi, sans plus. L'avenir de l'Église repose-t-il sur les enfants ou sur les adultes?

L'avenir de l'Église ?

Nous justifions nos priorités catéchétiques, nos messes familiales, notre éveil de la foi chez les tout-petits en disant que les enfants sont l'avenir de l'Église. Je n'en crois rien. Pour moi, c'est encore un vieux réflexe de chrétienté. Je suis d'accord pour que nous nous préoccupions de l'éducation de la foi des enfants, mais selon moi, l'avenir de l'Église ne dépend pas d'abord des tout-petits. Pas en période d'évangélisation. L'avenir dépend de la conversion des adultes. Il y aura une Église demain si des adultes optent consciemment et librement pour le Christ, pour sa parole, pour la vie en communauté chrétienne. Les jeunes parents d'aujourd'hui sont très loin de cela même en demandant des sacrements ou des parcours catéchétiques pour leurs enfants. 

Nous constatons qu'au terme de ces parcours, enfants et parents se distancient de la communauté paroissiale. Même phénomène avec les parents qui demandent le baptême pour leur enfant. Après une rencontre de préparation généralement agréable et significative, ils participent joyeusement à la célébration baptismale et nous disent le plus naturellement du monde que nous ne les reverrons qu'à la première communion de leur enfant. 

Explorer d'autres avenues

Ne nous berçons pas d'illusions. Les parcours des enfants et la célébration des sacrements de l'initiation chrétienne sont tout au plus des occasions pour parents et enfants de reprendre contact de manière sympatique (et significative, je l'espère...) avec l'Église. Il faudra cependant bien plus que cela pour évangéliser cette génération.

Notre Église doit trouver toutes sortes de manières de placer les adultes devant l'Évangile, de leur donner la chance de s'exprimer à partir de la Parole et de prendre position par rapport au Christ. C'est à ce prix que nous aurons de l'avenir. 

 

Mon "secret" pour vivre dans la sérénité

Texte de Jean-Paul Simard, écrivain, Notre-Dame du Cap, janvier-février 2017, p. 20

Vous avez sans doute entendu parler du livre à succès de madame Rhonda Byrne, Le secret. On pourrait résumer sa thèse ainsi: "Formulez en pensée de manière positive et en y croyant fermement, tout ce que vous souhaitez obtenir et l'Univers vous l'offrira sur un plateau d'argent." Inutile donc de vous inquiéter avec la vie, gardez le calme, soyez sereins, le destin va prendre soin de vous. Perspective alléchante, à première vue, mais qui m'apparaît bien illusoire. Aussi ma sérénité s'alimente-t-elle à une source beaucoup plus sûre. Une source dont je vais vous dévoiler le "secret". 

Comme chrétien, ma foi dans le destin repose sur Quelqu'un dont vous devinez facilement l'identité, Dieu. Dans la tradition chrétienne, on a beaucoup parlé du dogme de la divine Providence. Celui-ci repose sur le fait qu'un fois lancés dans l'existence, Dieu ne nous abandonne pas. Or, l'un des aspects les plus séduisants de cette aide providentielle réside dans l'invitation formelle de Jésus à ne pas se tracasser du lendemain. Jésus connaissait bien notre nature. Comme nous sommes limités, nous avons peur de l'inconnu. Nous vivons dans l'incertitude et la crainte du lendemain. Nous craignons de ne pas avoir ce qu'il nous faut pour vivre. Nous sommes stressés à la pensée de manquer d'argent, de nourriture, de vêtement. Or, Dieu nous assure qu'il peut nous aider là-dessus. 

C'est ce qu'on appelle la sécurité dans l'amour divin, qui nous fait trouver le repos, la paix et la quiétude en Dieu dans le monde agité d'aujourd'hui. Avec Dieu, l'insécurité existentielle ne conduit pas à l'anxiété, mais à la confiance en une Providence qui prend soin de nous. Dans le discours sur la montagne, Jésus donne ce conseil: "N'ayez point de souci du lendemain, le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine" (Matthieu 6,34). Ce passage  est précédé d'une autre recommandation: "Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent point dans les greniers; et votre Père Céleste les nourrit" (Matthieu 6, 26). Dieu pourvoit à nos besoins. Combien de personnes ont traversé sereinement les difficultés de la vie en se cramponnant à ces seules paroles: "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai" (Matthieu 11, 28-30). Quelle thérapie ces versets évangéliques n'offrent-ils pas aux angoissés de toute sorte! Ils portent la garantie de la tendre sollicitude de Dieu à notre égard. Comment pouvons-nous douter que le Dieu tout-puissant ne puisse s'occuper de nos besoins essentiels?

Cette protection divine a magnifiquement été traduite par un saint auteur anonyme, dans un passage qui a l'heur de me réconforter  quand le tapis de la vie menace de glisser sous mes pieds: "À l'instant où un être s'engage de manière irréversible, la Providence se met, elle aussi, en mouvement. Toutes sortes de choses se produisent pour l'aider, des choses qui ne se seraient jamais produites autrement... des incidents inattendus, des rencontres fortuites et un soutien matériel dépassant tout ce qu'il aurait pu imaginer." Comment mieux dire qu'avec Dieu, ça marche. À condition, bien sûr, de lui faire pleinement confiance... La confiance, au contraire, nous invite à estimer nos capacités à l'aune de nos possibilités. S'estimer, c'est d'abord et avant tout s'apprécier à sa juste valeur. Nous retrouvons ici l'aspect le plus important de la confiance, l'estime de soi. 

 

L'actualité du bienheureux Frédéric Janssoone

Texte de Guylain Prince, Franciscain, Prions en Église, 28 août 2016, p. 37

En ce début de 21e siècle, le père Frédéric Janssoone peut encore inspirer l'Église de chez nous en route vers de nouveaux horizons. Dès son arrivée ici, en 1888, ce français d'origine flamande est surnommé le "petit père" ou le "saint" de Terre sainte. Il impose le respect par son humilité, son éloquence, sa parole à la fois douce et énergique. Cette année, on célèbre les 100 ans de sa mort. 

Dans le contexte sécularisé, voire anticlérical, de la France du 19e siècle, Frédéric Jansoonne parvient malgré tout à se forger une solide foi catholique. Tenace et soucieux de cohérence, fidèle à l'Évangile, il deviendra un modèle par toute sa vie avant d'en être un par sa parole. C'était un fils de saint François d'Assise, rempli d'humilité et d'humanité. On l'appelait le "Bon Père Frédéric". 

En Terre sainte, il fut un exceptionnel bâtisseur d'édifices, mais surtout de relations harmonieuses dans un contexte difficile. Il occupa un poste important - vicaire custodial-, au milieu des consuls et des ambassadeurs. On lui doit le retour du chemin de croix à Jérusalem (la Via Dolorosa) et les ententes pour la garde des lieux saints (à Béthléem et à Jérusalem). Au Canada, le père Frédéric fonde le Commissariat de Terre sainte et instaure la quête annuelle du Vendredi saint. 

Au Cap-de-la-Madeleine, il devient le premier directeur des pèlerinages. À partir de 1902, après avoir confié la direction du sanctuaire aux Oblats de Marie-Immaculée, il parcourt à pied quatre diocèses (Québec, Trois-Rivières, Joliette et Valleyfield), pour y rencontrer les familles et pour les réconforter.

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